Édition 2017

Festival Art Vocal

28, 29 & 30 avril 2017

Théâtre de la poudrière, Neuchâtel

Le programme

Vendredi 28 avril 2017

19:00 Lady Bee & The Epileptics
20:00 Olivier Mottet
21:00 LiA

Samedi 29 avril 2017

16:00 Entre le Ziste et le Zeste
17:00 L'Escabòt
18:00 Nørn
20:00 Baptiste W. Hamon
21:00 The Company of Men

Dimanche 30 avril 2017

14:00 Les Bardes à Barbes
15:00 Arthur Henry
16:15 Broadlahn
17:30 Goccia di Voci
18:30 5 aux Moulins


vendredi 28 avril 2017 - 19:00

Lady Bee & The Epileptics

Swing-jazz (Neuchâtel, CH)

Je me trouvais là, sur un trottoir de la Lenox Avenue, devant un ancien théâtre transformé en dancing pour la nuit. Le New Deal de Roosevelt était mis en œuvre, mais je sentais le besoin de m’étourdir dans l’ivresse de la danse pour tenter d’oublier la récession, d’effacer le stress dans le strass et secouer mon spleen dans les spasmes du swing.

Je poussai la porte. Il y avait foule et je n’avais pas réservé ma place. Il était couru d’avance que des bousculades auraient lieu au portillon, quelques éclats de voix, que chacun allait jouer des coudes pour se retrouver au devant de la scène. On ne pouvait pas dire que régnait la loi du plus fort, non. De mettre le feu aux poudres n’aurait qu’alerté le gorille caché dans l’obscurité et fait perdre la partie d’entrée de jeu, pour de bon.

Non, il s’agissait de gagner du terrain avec ruse, trouver l’élément distrait, se faufiler furtivement devant lui au moment où il regardait ou montrait sa belle montre, surtout ne pas se faire attraper en déplacement. Quelques élans de courtoisie bien dosés, offrir une cigarette au plus dangereux et le complimenter pour sa chemise, rappeler à la foule la chaleur ambiante.

Exactement : donner envie aux autres de s’en jeter une vite fait avant le début du concert. Ceux-là, on ne les verrait plus de la soirée, trop occupés à patrouiller entre le bar et les cabinets.

Puis j’arrivai tout devant. Le spectacle allait commencer. Je tentai un dernière fois de me ressaisir, mais sans succès : je me fis emporter par une vague d’excitation et d’exultation confondues quand sur scène apparut Lady Bee.

Avec Lady Bee (chant), Charles Edouard von Bourdon (saxophone), Jean-Baptiste De LaTouche (guitare) et Joseph « Jojo » Pique-Bouffigue (guitare)
www.ladybeeandtheepileptics.com

Photo : Jean-Marc Cherix

vendredi 28 avril 2017 - 20:00

Olivier Mottet

Chanson à textes (Saint-Maurice, CH)

Il se dégage d’Olivier Mottet quelque chose de sympathiquement normal. La simplicité d’un voisin discret, l’anonymat d’un passager de train, un quidam qui va au boulot – enfn, on n’est pas sûr. On se souvient de lui comme d’un vague camarade d’une classe parallèle: «Tu savais qu’il chantait?» – «Non».

Et pourtant c’est bien lui, là, placardé contre une colonne Morris. Rien sur son visage ne laisse présager la poésie qu’il attise derrière ses lunettes cerclées de noir, et pourtant. Oui, pourtant il s’en passe des choses dans l’esprit du jeune Saintmauriard: de l’amour, des joies, une prise de peurs, un soupçon de soufrances. Un regard sur le Monde, des voyages évasifs et une pointe de foi, en l’Humain surtout. De l’espoir principalement, tendu au public sous forme de textes et mélodies répartis sur trois albums; oui, déjà !

Ce qui frappe chez Olivier Mottet, c’est cette perpétuelle quête de sens. Non, le Valaisan ne s’encombre pas de superfu et s’inquiète peu du qu’en-dira-t-on. Sa franchise et cette force créative ont été saluées à maintes reprises par la critique et la presse, son titre «La Wii» sera même décoré du prix des Radios francophones publiques. Une consécration? Pas le moins du monde: ce fls du Folk n’entend pas se reposer sur ses lauriers et cultive inlassablement les rencontres (de beaux noms, comme Marc Aymon et Raphaël Weber collaborent régulièrement avec lui) et les remises en question pour alimenter sa cabale contre le mainstream, contre le vide.

Alors oui, Olivier Mottet retournera peut-être dans l’anonymat du quotidien après son concert. Mais son message, lui, ne subira avec certitude pas le même sort.

Avec Olivier Mottet (guitare, chant), Roche Colombe (harpe, piano, chant), Raphael Weber (guitare, voix)
www.oliviermottet.net

vendredi 28 avril 2017 - 21:00

LiA

Rock francophone (Saignelégier, CH)

LiA est un attrape-rêves des temps modernes. Tapi dans l’ombre, il se met à l’œuvre dès que l’Homme s’endort et vient s’immiscer dans nos esprits pour accompagner nos songes de sa belle bande originale. On l’y accueille à bras ouverts: les compositions du Jurassien sont à nos films intérieurs ce que les musiques de Tom Waits sont à Night on Earth : des personnages à part entière, des valses qui parviennent à compiler des pensées diamétralement opposées en un rêve si cohérent qu’on ne souhaite plus le quitter.

Elle est là, la force des histoires de LiA: tantôt poétiques et atmosphériques, tantôt ciselées au scalpel, elles se partagent à cœur ouvert et laissent à l’auditeur de généreuses possibilités de rêverie évasive; un véritable cinématographe musical. La guitare est électrique et précise, elle valse dans un somptueux bal Americana en symbiose totale avec ses partenaires. Lap Steel, Banjo et Claviers viennent parfaire tout en douceur cet univers flanqué de textes incisifs et humains.

Bien sûr, LiA n’en est pas à son coup d’essai. Félicien Donzé (son nom de ville) a construit son univers en plusieurs albums et deux projets musicaux. Oui car avant, LiA était Ska Nerfs, ce qui lui aura permis de s’affirmer dans ses propres rêves: sillonner les scènes et charmer un public nombreux ! Pour évoluer en LiA, Félicien a accumulé rencontres et collaborations sans lesquelles le projet n’aurait pas atteint son degré de maturité actuel.

Ce soir, tout juste revenu d’une tournée en Chine et Corée, LiA nous fait l’honneur de clôturer cette première soirée de Tournez la Meule. Et il propose une expérience inédite: celle de rêver avant le sommeil !

Avec Félicien Donzé (chant, guitare), Christophe Farine (basse, guitare), Nicolas Pittet (batterie, voix)
www.liamusique.ch

samedi 29 avril 2017 - 16:00

Entre le Ziste et le Zeste

Théâtre musical (Neuchâtel, CH)

Croquenbouche

C’est l’histoire de jeunes amis bien de chez nous, qui se sont rencontrés à l’Avant-Scène Opéra (compagnie crée et conduite par Yves Senn, dont l’humilité et l’humanité permettent de démocratiser l’art lyrique auprès de tout profane de la région), qui partent chacun de leur côtés pour récolter davantage d’expériences dans le chant et la comédie et qui reviennent pour créer leur propre compagnie Entre le Ziste et le Zeste. L’histoire paraît trop simple pour être vraie, elle a été compressée comme un citron au dessus de l’escalope.

Ah tiens, l’agrume, on y vient.

Du Zeste, oui, il y en a. Car il se dégage de cette troupe la même fraîcheur pétillante, le même parfum savoureux, la même couleur vive et juteuse que la pulpe d’une orange sicilienne que l’on croque à pleines dents.

Mais pas de zeste sans ziste, pourrait-on dire, et l’histoire n’est pas si courte que ça: il en aura fallu, des heures de labeur, de sueur mais surtout de soleil pour faire mûrir cette orange, pour lui donner sa vitamine et son éclat. Mais le zeste en a vallu le ziste, c’est certain.

Croquenbouche, le spectacle proposé par la jeune compagnie, respecte scrupuleusement le thème de l’alimentation. Mêlant théâtre et anciennes chansons françaises, il se déroule dans une chocolaterie, où les protagonistes vont évoluer au gré de lois fumeuses: celle du marché et celle de l’amour. Laquelle vaincra?

Pour le découvrir, c’est entre le ziste et le zeste que vous serez zustes.

Avec Sophie Vuilleumier et Alice Grandjean (soprani), René Covarrubias (ténor), Léonard Schneider (baryton), Coline Fassbind (comédienne), Mathieu Alexandre (mise en scène), Marc Golta (piano)
facebook.com/Entre-le-Ziste-et-le-Zeste-1665164100396039/

dimanche 29 avril - 17:00

L’Escabòt

Chants folkloriques occitans (Province de Coni, ITA)

Vous connaissez l’escabeau, ce marche-pied qui vous permet de changer une ampoule fichue? Évidemment. Mais ici, on ne parlera ni de brico-centre, ni de do it yourself.

Le « groupe» (qui est précisément la traduction de l’Escabòt) propose un répertoire poignant de chants traditionnels et populaires occitans cis- et transalpins, directement influencés par le registre troubadour du Moyen-Âge.

L’essence de la vie et du folklore des Vallées occitanes du Piémont jusqu’à la Gascogne est racontée ici si intensément que la larme coulera toute seule sur la joue, sans vraiment connaître l’émotion qui en est à l’origine. Une larme douce et amère, chargée de rêve, d’amour, de mélancolie et d’espoir disparu quelque-part derrière la lune. Ah tiens: l’Escabòt rime-t-il avec Pierrot? Dans le fond, certainement.

Et voilà que vous connaissez désormais deux sens au mot [ɛskabo]: le second pour changer une ampoule fichue, le premier pour décrocher la lune.

Cristina Saltetto, Federica Saltetto, Marilena Migliore, Patrik Rivero, Piergiorgio Mattiauda, Elisa Talone, Paola Giordano, Piergiorgio Sandroni, Fabrizio Simondi
www.escabot.com

Photo : Marc da Cunha Lopes

samedi 29 avril 2017 - 18:00

Nørn

Voix ethno-actuelles (La Vraconnaz, CH)

Fridj

On peut faire l’essai: se perdre dans les paysages sauvages deux pas d’ici, à quelque part entre le Lac des Taillères et le Vallon de Noirvaux et se dire, dans un regard évasif: «Ah tiens, on se croirait au Canada, et là, à gauche, en Islande. Puis la Laponie, là au fond. » Vous n’avez jamais visité le Canada, encore moins l’Islande ou la Laponie. Et pourtant, la sensation certaine d’être en train de fouler ces terres ne vous quitte plus.

«Fridj», le spectacle du trio vocal féminin Nørn provoque ce même balancement entre des paysages (sonores cette fois) rassurants, qui nous appartiennent et dont on fait partie, et d’autres insaisissables, qui nous échappent comme de l’eau à travers les doigts. Une eau pure, qui nous invite à la suivre dans des contrées où notre oreille n’a jamais encore traîné. Des régions où les trois voix sœurs de Nørn vont se mélanger, se repousser et risqueront à tout moment de changer de peau et de timbre, comme un serpent en mue, pour se retrouver dans la beauté cristalline d’un flocon de neige.

Il n’y a pas de doute, nous nous sommes rapprochés des Pôles, tant c’est magnétique!

Avec Anne-Sylvie Casagrande, Gisèle Rime, Yveline Schwab
www.norn.ch

samedi 29 avril 2017 - 20:00

Baptiste W. Hamon

Country/Folk francophone (Paris, FR)

Au début on entend cette voix, profonde et enveloppante. Une voix d’un autre temps, d’un autre continent surtout. Puis, envoûté par la mélodieuse country-folk qui l’accompagne, on s’imagine soudain attendre Baptiste W. Hamon au fn fond d’un Texas idéalisé, accoudé derrière une Shiner au bar d’un saloon. Terrassé par la chaleur, on se mettrait à divaguer sur la signification du double v entre Baptiste et Hamon: « S’agit-t-il d’une initiale héritée ou faut-il y déceler autre chose, comprendre par-là un «Double You», une double vie du personnage?» On doute.

On penchera vers la deuxième option en voyant le chanteur pousser les battants imaginaires du bar: le zig n’a du cowboy que la chemise à flanelle, tout au plus. Cette voix n’est donc pas celle du vieux briscard qu’on visualisait? Non, c’est celle d’un jeune Parisien arrivé tout récemment sur la scène folk de l’Hexagone. On sourit, car intérieurement on s’en était douté dès les premières paroles du trentenaire: pas un brin nostalgiques, elles racontent avec brio les joies et déboires d’une jeunesse insouciante, les hauts et bas (mais surtout les hauts) de filles qui s’appellent Joséphine, Diane ou Flore mais pas Peggy, Kelly ou Shirley, des errances qui partent de la rue Fermat à Paris mais n’arrivent jamais sur Barton Street à Dallas.

Baptiste, malgré tout, dégage quelque chose d’étasunien. Ça doit venir de ses influences: de Townes Van Zandt à Bob Dylan, en passant par les plus contemporains Will Oldham ou Caitlin Rose. Un voyage international qui part du Texas et mène à Paris via le Canada de Leonard Cohen, s’avère intemporel et reste hyper cohérent. Et la voilà, la signification du «Double You» : Baptiste voulait chercher l’or, mais c’est en pépite qu’il se dévoile!

Avec Baptiste W. Hamon (chant, guitare), Baptiste Dosdat (guitare), Noé Beaucardet (guitare, percussions)
facebook.com/BaptisteWHamon

Photo : Arnaud Ele

samedi 29 avril 2017 - 21:00

The Company of Men

Folk / Americana (Lausanne, CH)

N’ayez crainte: The Company of Men, malgré son nom martial, n’est pas une troupe d’élite militaire et l’invitation à leur concert n’a rien d’un ordre de marche! Et pourtant, c’est bien par des invasions (pacifiques) que le jeune quatuor vaudois se fait remarquer depuis 2013, en partant à l’assaut musical des salons et caveaux dont les habitants daigneraient ouvrir les portes. La folk intimiste de la Compagnie y est tellement bien reçue que les ménestrels s’interdirent, dans un premier temps, les scènes et festivals établis (pour notre grand bonheur, cette règle a été abolie!).

N’empêche que le groupe intrigue, et on a inévitablement envie d’en tâter le biceps. Et c’est quand on apprend qui se cache derrière que l’estampille prend tout son sens: la formation réunit quatre Grands Messieurs du rock romand, Sandro Lisci, Jeff Albelda et les frangins Wicky, Christian et Gregory de leurs prénoms, agitateurs réputés de la vie nocturne lausannoise et adroits leaders des groupes Favez, Chewy et Pendleton (notamment). À eux quatre, ils ont foulé tout ce que la Suisse et l’ailleurs comportent en scènes et se retrouvent, aujourd’hui, avec deux bonnes décennies de décibels dans les jambes.

Alors, place à un repos bien mérité? Que nenni: les retrouvailles de ces vétérans sous l’égide The Company of Men n’a rien d’une retraite anticipée! Même s’ils ont diminué le gain de leurs amplis et allégé le camion-matériel, leurs mélodies restent musclées et leur répertoire jouit d’une plastique plus impeccable que jamais. De vrais beaux-gosses du songwriting, en somme, au même titre que Sufjan Stevens, Win Butler ou Eric D. Johnson. Un concert qu’il ne conviendrait simplement pas de déserter!

Avec Christian Wicky (basse, voix), Gregory Wicky (guitare, voix), Jeff Albelda (guitare, piano, voix), Sandro Lisci (percussions, voix)
mx3.ch/thecompanyofmen

Photo :

dimanche 30 avril 2017 - 14:00

Les Bardes à Barbes

Chansons pour enfants (La Chaux-de-Fonds, CH)

Pour amuser les oreilles des vrais enfants qui le sont encore pour de vrai et pour chatouiller l’esprit des faux enfants qui le sont restés, le monsieur qui dégote les artistes pour Tournez la Meule a pris de gros risques en faisant confiance à deux faux Pères Noël.

En effet, pour le programme jeune public, le festival a donné carte blanche aux Bardes à Barbes. Ce drôle de duo a juré qu’il n’avait du poil qu’au menton mais jamais dans la main et qu’il débarquerait avec une hotte débordante de surprises et de cadeaux hors-saison.
«Ah mais voilà qui tombe pile-poil, car qui dit hors-saison, dit plus grand et plus abondant qu’en saison.» Mais ça sent quand même le traquenard plein nez. Peut-on vraiment faire confiance à ces deux zinzins ou nous font-ils simplement la barbe?

De surcroît, les Bardes renchérissent avec la promesse de venir présenter des comptines de leur propre invention pour mettre tout le monde de bon poil!

Rahh, quel dilemme… Mais en fin de compte, il serait quand même dommage de laisser filer ce spectacle inédit à son nez et sa barbe!

Avec Lionel Aebischer (guitare, banjo, accordéon, chant), Frédéric Erard (contrebasse, basse, chant)

Photo : Guillaume Perret / Lundi 13

dimanche 30 avril 2017 - 15:00

Arthur Henry

Electro/Hip Hop (La Chaux-de-Fonds, CH)

Quand un orchestre ne trouve plus de place dans sa fosse, il désigne un homme-orchestre; un gars qui devra utiliser tous ses membres pour actionner plusieurs instruments la fois. Mais si ce gars décidait de mettre ses bras et ses jambes en grève, le trop-grand-orchestre cité plus haut pourrait bien faire appel Arthur Henry: forcément, lui n’utilise que sa cavité buccale pour façonner des musiques aussi complexes qu’un trop-grand-orchestre et bien plus riches que notre homme-orchestre-aux-membres-syndiqués. Oui, Arthur Henry pourrait mettre au chômage tous ces gens s’il le voulait! Heureusement, au vu des collaborations qu’il aime entretenir avec des musiciens plus classiques, cela ne risque pas d’arriver de sitôt.

Et pourtant, ce génie de la human beatbox, autrement dit la boîte rythme humaine, pourrait nous faire croire qu’il tient Zakir Hussain et Bill Brufford entre ses lèvres. On se fait prendre au piège facilement et très volontiers, car on n’est pas au bout de nos surprises: on entend des violons, sûrement camouflés derrière une molaire, et une basse qui galope au coin de la bouche. Du coup, on lui pardonne totalement l’utilisation d’une loop station, appareil électronique qui permet d’enregistrer des boucles de sons en direct, de les superposer et ainsi de matérialiser son œuvre in extenso. Oui, on lui pardonne car les sons de base restent organiques et résonnent comme une soupape de velours ou une boule de gomme. C’est tendre, groovy et incroyablement spectaculaire!

On n’y avait pas pensé tout de suite, mais Arthur Henry se révèle comme l’un des éléments primordiaux de cette quatrième édition de Tournez la Meule.

Avec Arthur Henry (human beatbox, voix, loop station)

Photo :

dimanche 30 avril 2017 - 16:15

Broadlahn

World / Jazz (Graz, AUT)

La Nature, ce soir, est à nouveau assourdissante. Dans une vallée styrienne, les sonorités de la montagne enveloppent tout rêveur qui tendrait curieusement l’oreille. Le vent se lève dans les arbres, on perçoit alors une voix, un Juchzer. Des knödel rôtissent quelque-part. On rêve d’y goûter, de les accompagner d’une pomme coupée en quartiers. Encore un Juchzer et des stères de bois qui s’entrechoquent. Non, pas des stères: ce sont des percussions africaines qui viennent ponctuer ces appels alpins. Le vent s’apaise, un saxophone se lève, s’aidant d’une cithare. On discerne à présent des paroles dans cette tempête musicale, des paroles tristes. Non, pas tristes; authentiques, plutôt. D’un pan de montagne une avalanche dégringole: Broadlahn débarque!

Autant l’avouer: cette image d’Épinal ne décrit pas complètement le sextet autrichien que Tournez la Meule a invité ce soir. Bien sûr, Broadlahn ne peut renier ses origines; le groupe s’inspire largement du folklore styrien mais y insuffle une telle liberté d’interprétation et d’arrangement qu’une classification sous les séparateurs «Free Jazz» ou «World Music» serait plus appropriée. Dans nos discothèques et nos vallées pourtant, leur nom n’a que rarement résonné alors que Broadlahn peut se targuer d’être l’ensemble le plus influant dans la réinvention contemporaine du folklore autrichien: proche de ses racines et foncièrement ouvert sur le monde, depuis plus de trente ans! La renommée des Six déborde de l’Autriche au Danemark jusqu’au Canada, mais Tournez la Meule est leur première incursion en terre romande. Broadlahn sont les premiers à s’étonner de cette invitation, mais nous, on sait pourquoi on les veut: la soirée sera pleine de découvertes et résolument gemütlich!

Avec Josef Ofner (guitare, voix), Ernst Huber (chant, guitare), Christian Steiner (basse, voix), Reinhard Grube (saxophone, clarinette), Franz Schmuck (percussions, marimba, voix), Philip Rottensteiner (mandoline, violon, voix)
www.broadlahn.at

Photo :

dimanche 30 avril 2017 - 17:30

Goccia di Voci

Polyphonies ethniques (Soleure, CH)

Le parcours musical d’Oskar Boldre, directeur du chœur polyphonique Goccia di Voci, est atypique et pourrait facilement servir de trame cinématographique.

En total autodidacte, il débute comme chanteur et guitariste dans des groupes milanais de rock progressif puis se spécialise comme percussionniste dans la scène free/folk et afro/jazz. Il travaillera ensuite cinq ans sur un domaine agricole des Apennins où il découvre, dans le silence des châtaigniers, la force d’un instrument qui ne le quittera plus: la voix.

Pas de doute, c’est ce développement artistique qu’il a insufflé dans Goccia di Voci, qui comporte une trentaine de chanteuses et chanteurs soleurois. On peut le percevoir dès leur entrée sur scène: les voix de l’ensemble, avec chacune son timbre et son aspérité, seront utilisées pour la quête d’une aventure rugueuse plutôt que la recherche d’une beauté aseptisée. Le rythme prend également une place importante dans ces arrangements chaloupés, libérant ainsi une énergie enthousiaste et addictive!

Les démarches désoccidentalisées que propose le chef de chœur, l’absence totale de par- titions et l’accent mis sur l’improvisation et la spontanéité apportent une fraîcheur très appréciable et transforment chaque concert en un événement inhabituel dans le paysage de l’art choral.

Le répertoire de Goccia di Voci est orienté ethnique et navigue principalement autour des eaux méditerranéennes, glisse sur le continent africain, traverse l’Arménie et finit par toucher l’Inde et même Haïti… à l’ombre des goyaviers.

Avec Goccia di Voci (chant), Oskar Boldre (direction)
www.giocandolavoce.ch

Photo :

dimanche 30 avril 2017 - 18:30

5 aux Moulins

Polyphonies traditionnelles (Neuchâtel, CH)

De ses rayons, un soleil printanier caresse le petit bouleau planté devant la cabane d’un solitaire montagnard; ce même paysan qui, quelques jours, mois ou années auparavant, s’est fait larguer par sa dulcinée se sent aussi seul et insignifiant qu’un gravier sur la route. Candide, il ne peut pas savoir que sa douce aussi se morfond: si elle l’a quitté, c’est bien parce que des villageois grisés lui ont annoncé que son Jules partait en guerre; la vision de son homme tapi dans une tranchée, gobant une tambouille, l’a bonnement désespérée. Aujourd’hui encore, elle le croit combattre pour le Pays alors que lui la pense dans les bras d’un autre. Et chacun de leur côté, ils tentent vainement d’amadouer l’Amour.

Petit silence introspectif; mince, des aventures pareilles j’en ai vécu des tas! Puis, après un sursaut commence la recherche frénétique d’excuses: le feu crépite encore, je ne suis pas fatigué, il reste une goutte de vin… Allez, 5 aux Moulins, racontez encore une histoire, on est si bien là! Ouf, on perçoit leur complicité. L’un des Cinq marmonne quelque chose, les autres acquiescent. Un coup de diapason et c’est parti pour un nouveau voyage! Le calme revient et avec lui la notion que l’Europe regorge d’histoires aussi belles les unes que les autres. Quelle aubaine que nos cinq meuniers aient tendu l’oreille pour partager ces récits avec nous! On est emporté dans leurs voyages, trimbalé d’Écosse en Autriche, des Pays-Bas la Serbie en passant par l’Islande, l’Italie et surtout dans tout un tas d’états émotifs! On rit, on tremble et parfois on pleure, mais essentiellement on aime. Et ça, ça fait du bien.

Mais chut, laissons la parole à ceux qui la chantent si bien: ils ont encore plein de choses nous raconter!

Avec Ralph Bürgi, Léo Maradan, Frédéric Meyer, Sébastien Schertenleib, Georges-Alain Schertenleib
5auxmoulins.com